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mercredi 19 juillet 2017

Innovation et développement autonome


L'autonomie villageoise? Mais c'est le retour à l'âge de pierre! nous dit-on. Après tout, ajoute-t-on souvent, ces "gens" ne vivent-ils pas plus dans la tradition que dans le progrès? Pas sûr pourtant que le démarquage un peu rapide des concepts de Levi Strauss (et notamment la distinction entre les sociétés chaudes qui sont "happées par l'histoire" et les société froides qui résistent au progrès) soient applicables aux Open Villages qui réussissent à combiner attachement à leurs anciens savoir faire et innovation. Voici comment...


Dans certaines communautés humaines, l’un des principaux obstacles au développement autonome est l’inertie intellectuelle et la résistance au changement. Lorsque les gens pensent que « les choses ont toujours été ainsi », lorsque les savoir-faire se transmettent de générations en générations sous une forme d’autorité qui exclut l’esprit critique, il est bien évidemment difficile d’introduire les innovations nécessaires au décollage économique et sociale de communautés sclérosées dans des pratiques devenues inadaptées ou non optimales. La réflexion critique et une créativité libre sont nécessaires pour changer des comportements, améliorer des processus de production et acquérir de nouvelles capacités. Toutes deux nécessitent une certaine prise de distance par rapport au quotidien et aux pratiques ancestrales.


Les Open-Village savent créer ce point de vue divergent de trois manières au moins.

La première est par l’écoute attentive des visiteurs étrangers, lorsqu’ils s’étonnent de certaines pratiques ou proposent des solutions nouvelles. Ainsi, le village de Tizi N’Oucheg a toujours su profiter des idées apportées par des étrangers (touristes, associations humanitaires, etc.) pour développer des projets générateurs de revenus comme la fabrication de confitures ou de tapis ou installer de nouveaux comportements comme le tri et le retraitement des déchets ou même installer des infrastructures complexes[1]. A La VieVuLinh au Vietnam, le village a fait appel à un franco-vietnamien spécialiste du tourisme rural authentique pour développer avec les responsables de la communauté un projet global de développement constitué d’une école, d’un centre de formation aux métiers de la restauration et de l’hôtellerie et d’un éco-lodge. Aujourd’hui le projet s’étend pour intégrer des nouvelles compétences en permaculture et en agroforesterie avec l’aide d’experts vietnamiens afin de lutter contre l’appauvrissement des sols en renouvelant totalement les pratiques agricoles. 

La deuxième voie par laquelle ces villages acquièrent de nouvelles capacités et compétences est par la valorisation des compétences acquises par les jeunes lorsqu’ils reviennent de leurs études[2] avec de nouvelles idées et de nouvelles approches. Dans plusieurs villages, nous avons ainsi rencontré des jeunes très impliqués dans les choix de développement de leur communauté. Contrairement à l’image, patriarcale et gérontocratique, que l’on a souvent des communautés traditionnelles rurales, les Open Village savent accorder un réel poids décisionnel aux nouvelles générations pour bousculer le statu quo. Cela se fait parfois au travers d’une association regroupant les jeunes du village comme à Enampor, ou bien directement par le fait que le leadership du village est attribué à de jeunes adultes et non pas uniquement dévolu aux anciens.

Enfin, la troisième voie est celle qui tire profit de visites faites auprès d’autres communautés plus avancées pour « benchmarker » les bonnes pratiques qui pourraient être déployées dans le village, en les adaptant au contexte et aux spécificités géographiques, économiques, ou sociales du village. Ces visites donnent parfois lieu à des déplacements d’un groupe de responsables du village. Mais de plus en plus souvent, les Open Villages utilisent la télévision ou Internet pour se renseigner sur ce qui se fait ailleurs et qui pourrait leur être profitable.


L'innovation et les technologies conviviales

Mais au-delà de l’innovation comme capacité et comme compétence pour relever les nombreux défis qui se présentent sur le chemin du développement autonome, il faut aussi souligner la manière dont les Open Villages appréhendent l’innovation technologique. Et là encore, il nous faut remettre en cause un certain nombre d’idées fausses sur le développement durable et autonome, qui selon certains se traduirait par le refus du progrès technique et le retour à l’éclairage à la bougie. Où que nous ayons été, au milieu de l’Himalaya ou dans une ile des Philippines, dans des villages proches des villes ou à plusieurs heures de marche ou de bateau de la première borne GSM, nous avons toujours trouvé des outils technologiques. Certains villages utilisent Internet et ont leur page Facebook, d’autres ont acquis des systèmes de biogaz pour se chauffer ou cuisiner, d’autres encore ont installé des panneaux solaires… Tous les habitants ou presque ont des téléphones mobiles ou même des smartphones.  Dans le Rajasthan, au Barefoot College, nous avons été invités à observer pendant quelques jours le fonctionnement et les enseignements de cette université unique au monde qui fonctionne en autonomie quasi-totale (alimentaire, énergétique, en matière de santé, de gestion de l’eau, …) et qui forme des femmes analphabètes venues du monde entier à l’installation et la maintenance d’équipements solaires. A l’issue de leur formation qui dure plusieurs semaines, ces femmes repartent dans leurs villages en Afrique, en Asie ou en Amérique du sud, avec un container plein d’équipements électriques et électroniques et deux objectifs : installer ces équipements dans leur communauté et former d’autres habitants à la maintenance de ces équipements, contribuant ainsi à l’amélioration des conditions de vie et à la création d’emplois au sein de leurs communautés.

Pour autant il est vrai que certaines innovations techniques ne réussissent pas à s’implanter dans les Open Villages. A new Pangangan, nous avons vu une machine servant à séparer les grains de riz des plants qui ne fonctionnait plus depuis plusieurs mois. Cette machine assez imposante qui permettait de considérables gains de productivité avait été offerte au village dans le cadre d’un programme de coopération et était tombée en panne sans que l’on ne se soucie de la réparer. Les villageois sont simplement revenus à l’ancienne technique « manuelle » pour battre le riz. On pourrait s’étonner que personne n’ait fait l’effort de faire venir un technicien et d’acheter les pièces détachées pour remettre en marche la machine.  Mais, et c’est sans doute là une des clés de compréhension du succès des Open Village, la technologie, lorsqu’elle se traduit par une trop grande dépendance vis-à-vis de prestataires externes et des coûts cachés qui dépassent les moyens des communautés n’est pas compatible avec l’objectif d’autonomie et c’est pour cela qu’elle est soit rejetée soit peu à peu abandonnée. 





[1] comme cela a été le cas avec l’installation de bassin de retraitement des eaux usées qui permet aujourd’hui d’irriguer des surfaces agricoles qui étaient laissées à l’abandon du fait du manque d’eau.
[2] Ce qui est malheureusement l’exception plutôt que la règle…

2 commentaires:

  1. Il est intéressant de lire le deuxième paragraphe de ton introduction en pensant au système scolaire ...qui à mon sens, respecte les mêmes règles d'inertie sous des airs de réformes successives toutes aussi bienveillantes les unes que les autres. ..
    Vive l'innovation et le développement autonome !

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  2. As mentioned earlier the Fluidic can be found in both variant petrol and diesel engine.
    At the conclusion of the test, your examiner will inform you of
    your pass or fail. The theory part in the test can be a list
    of multiple choice questions, 50 in total, and you might have to answer
    no less than 43 correctly to pass.

    RépondreSupprimer

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